Sur le plan institutionnel, deux scènes distinctes se sont superposées. À Metz, le 28 septembre, le pasteur Christian Krieger a signé l’« appel de Metz » au nom de la Fédération protestante de France, aux côtés de responsables catholiques, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes. Krieger représente le protestantisme fédératif, de tradition surtout luthéro-réformée. Ce geste relève du dialogue interreligieux porté par la FPF ; il ne peut être attribué, tel quel, aux fédérations évangéliques.
Le Conseil national des évangéliques de France a suivi une autre voie. Il n’apparaît pas parmi les signataires de Metz. En revanche, son compte officiel a indiqué que le CNEF était « officiellement invité et présent » place de la Concorde, le 26 septembre, à la messe présidée par Léon XIV, et que son président y assistait. C’est une participation de courtoisie, dans un rassemblement ouvert, non une rencontre bilatérale mise en avant comme telle.
La déclaration évangélique la plus développée pendant ces jours ne porte pas sur l’unité des Églises. Elle porte sur l’humain. Dans un texte publié par InfoChrétienne sous le titre « Un appel solennel à être humain ! », Franck Meyer, président du Comité protestant évangélique pour la dignité humaine, décrypte le discours prononcé par Léon XIV à l’UNESCO le 25 septembre.
Meyer reprend d’abord la question d’ouverture du pape — « Que signifie être humain ? » — et les trois réponses qu’il y donne : l’humanité comme don reçu dès la conception et la naissance, donc d’abord éduquée dans la famille ; la pauvreté originaire de l’être humain, « né nu et dans le besoin » ; enfin la responsabilité historique, celle de cultiver la terre ou de la défigurer par le travail des mains et de l’esprit. L’évangélique y voit un appel à l’humilité, « bienvenu » selon lui dans un monde où la technique peut devenir « un instrument supplémentaire de domination et d’injustice », et où l’intelligence, longtemps marque de l’humain, se trouve attribuée à des machines.
Il relie ensuite l’UNESCO à l’Élysée. Le constat papal d’une dignité « inaliénable » devenue difficile à reconnaître fait écho, écrit-il, à la phrase adressée à Emmanuel Macron : la protection du droit à la vie comme « fondement incontournable de tout autre droit humain », contre le détournement de la science en « entreprise lucrative » — manipulations génétiques, gestation pour autrui, trafic d’organes, « offre d’une mort programmée ». Sur ces points, la convergence est explicite : ce sont des combats déjà portés par le CPDH.
Meyer ne s’arrête pas à l’éthique civile. Il accueille l’appel du pape à « une conversion de l’intelligence et du cœur », juge cette conversion « nécessaire » pour « garder humaine » une humanité qui reconnaît sa fragilité sans misérabilisme. Puis il recentre le propos dans un cadre évangélique : cet appel, selon lui, doit se vivre « dans l’adoration du Dieu créateur qui est venu lui-même se donner en exemple en Jésus-Christ », afin de « réconcilier le monde avec lui-même » (2 Corinthiens 5, 19) — et l’être humain avec sa propre humanité.
Il clôt par un remerciement à Léon XIV pour ce « rappel public, bien nécessaire », en reprenant la devise du voyage : « pour que le monde ait la vie ».Le texte est donc un accord ciblé, non une reconnaissance de la papauté. Meyer parle au nom d’un comité éthique évangélique, pas au nom du CNEF ni d’une union d’Églises. Il commente un discours sur la personne humaine, pas l’appel interreligieux de Metz. C’est, à ce jour, la parole évangélique la plus articulée de la visite — et elle se tient sur le terrain où catholiques et évangéliques se croisent le plus souvent en France : la vie, la technique, la dignité.
Sur X, aucune campagne pastorale identifiable n’a structuré le débat. Ni mot d’ordre de boycott, ni célébration de la communion avec Rome. Des voix individuelles rappellent, comme souvent, que nul intermédiaire humain ne remplace le Christ ; cela relève de la grammaire évangélique ordinaire plus que d’une réaction organisée à la visite. Cette attitude s’explique par la structure même du protestantisme français.
La FPF assume le dialogue institutionnel. Le CNEF, plus confessionnel, distingue en général la coopération civique et les désaccords historiques avec le catholicisme — primauté romaine, sacrements, médiation, autorité de l’Écriture.
Pendant la visite, cette distinction n’a pas été développée en tribune. Elle s’est traduite par un choix pratique : assister à certains temps publics, commenter ce qui touche à la dignité humaine, ne pas entrer dans le récit d’unité de Metz.
In fine, les évangéliques n’ont pas « dénoncé » la venue du pape. Ils ne l’ont pas non plus convertie en moment œcuménique. Ils ont été là où le protocole les invitait, parlants surtout là où le pape croisait leurs combats habituels, et discrets là où se jouait la théologie de l’unité. Une attitude de voisinage, plus que de confrontation ou de fusion.







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