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Pourquoi les évangéliques brésiliens votent-ils massivement pour l’extrême droite ?

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne du 4 octobre 2026, les sondages révèlent un clivage religieux net.

Marc Nouvel· Resp. "Actualités"· 30 septembre 2026

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Pourquoi les évangéliques brésiliens votent-ils massivement pour l’extrême droite ?

Parmi les évangéliques, Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro (devenu inéligible), recueille autour de 43 à 46 % des intentions de vote au premier tour, contre 24 à 27 % pour le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva.

Chez les catholiques, c’est l’inverse : Lula est largement en tête. Ce contraste, déjà observé en 2018 et 2022, n’est pas un accident. Il s’explique par l’histoire récente du protestantisme pentecôtiste au Brésil, par le rôle social des Églises et par une lecture particulière du péché et de l’ordre moral.

Les évangéliques représentent désormais près de 27 à 30 % de la population, soit plus de 47 millions de personnes, contre environ 5 % il y a un demi-siècle. Ce basculement s’est produit surtout dans les périphéries urbaines et les zones de précarité, là où l’État est faible et où l’Église catholique, longtemps marquée par la théologie de la libération, a reculé.

Pour des millions de Brésiliens déracinés, les temples pentecôtistes sont devenus des « espaces de reconstruction morale, d’accueil communautaire, de réorganisation familiale, de discipline existentielle et d’espérance », selon l’anthropologue Juliano Spyer. On y trouve de la solidarité concrète, des règles de vie, un discours de réussite personnelle (théologie de la prospérité) et un cadre familial strict. La stabilité du foyer y est centrale.

Cette sensibilité morale a rendu une partie de cet électorat particulièrement réceptive au discours de l’extrême droite depuis les années 2010. La gauche, associée à la « libéralisation des mœurs », aux droits LGBT, à l’avortement ou à ce que beaucoup de pasteurs appellent l’« idéologie du genre », est perçue comme une menace pour la famille et pour l’ordre divin.

L’extrême droite, elle, se présente comme la garante de cet ordre. Les principaux leaders évangéliques soutiennent publiquement le courant bolsonariste. Les Églises disposent d’un formidable outil d’organisation : services fréquents, pasteurs qui parlent politique, réseaux WhatsApp, bénédictions de candidats. Des études montrent qu’une hausse de l’affiliation pentecôtiste se traduit par une augmentation mesurable du vote pour les candidats évangéliques et d’extrême droite.

Le cadre théologique n’est pas neutre. Des courants comme la théologie du dominion et la « guerre spirituelle » présentent la politique comme un combat entre le bien et le mal. Les adversaires de gauche sont parfois décrits comme des ennemis de la foi. Cette vision coïncide avec le populisme de droite : le « peuple » moralement droit contre les élites corrompues, laïques ou « woke ».

Jair Bolsonaro avait déjà su capter cette énergie en 2018 avec le slogan « Le Brésil avant tout, Dieu au-dessus de tous ». Son fils Flávio, lui-même évangélique, poursuit cette stratégie en multipliant les visites dans les temples.Cette alliance n’est pas sans contradictions. Le bolsonarisme s’accompagne de discours de haine, de relativisation de la violence, d’un mépris affiché pour l’environnement et les peuples autochtones.

Un dessin paru dans O Globo résume l’ironie : Jésus s’étonne que l’on s’interroge sans cesse sur le péché de se déguiser en lui pendant le carnaval, alors que personne ne demande si voter pour des gens violents en son nom en est un. Il existe aussi des voix évangéliques critiques, comme la Frente de Evangélicos pelo Estado de Direito, qui ont soutenu Lula et qualifié Bolsonaro d’« anti-Messie ». Mais elles restent minoritaires. Une large majorité des évangéliques se déclare de droite, même si beaucoup affirment ne pas vouloir que la politique envahisse les cultes.

Le vote évangélique n’est pas un bloc monolithique. Il y a des nuances selon les dénominations, les générations et les régions. Lula tente d’ailleurs de réduire l’écart en multipliant les gestes bibliques et les références à la foi. Mais le terrain reste largement occupé par la droite. Dans une élection serrée, ce segment de près de 30 % de l’électorat pèse lourd. Il illustre comment une religion de consolation et de discipline, née dans la précarité, s’est transformée en force politique structurante, au point d’influencer le destin démocratique du plus grand pays d’Amérique latine.

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