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"Je suis pasteur, pas coach" (1/2)

Ces dernières années, le langage du coaching a pris une place de plus en plus importante dans le monde chrétien. Partie 1/2.

Donato Anzalone· Pasteur et Théologien· 30 septembre 2026

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"Je suis pasteur, pas coach" (1/2)

On encourage les pasteurs à devenir des coachs, les Églises mettent en place des programmes de formation au leadership inspirés du coaching, et le ministère pastoral lui-même est parfois présenté essentiellement comme une manière d’aider les gens à découvrir leurs forces, à dépasser leurs limites et à réaliser leur potentiel.

Il n’y a rien de mauvais dans le coaching en soi. Il a même une véritable utilité. Beaucoup de gens traversent l’école, la vie familiale et le monde professionnel sans que personne ne les aide vraiment à reconnaître leurs capacités ou à développer ce qu’ils portent en eux. Un bon coach peut aider quelqu’un à identifier ses forces, acquérir de la discipline, clarifier ses objectifs, dépasser certaines insécurités et devenir plus efficace. Une Église peut tout à fait encourager ce genre de développement, et un pasteur peut lui aussi contribuer à faire émerger des capacités restées longtemps enfouies.

Mais ce n’est pas sa mission première.

Le coach aide généralement une personne à développer son potentiel. Le pasteur, lui, est appelé à aider quelqu’un à discerner et à accomplir son appel. Ces deux réalités peuvent se rejoindre, mais elles ne sont pas identiques. La différence ne relève pas simplement du vocabulaire. Elle touche à une question beaucoup plus profonde : pourquoi sommes-nous sur cette terre ?

Le potentiel et l’appel sont deux réalités fondamentalement différentes

Le potentiel concerne nos capacités. Il désigne ce qu’une personne pourrait devenir ou accomplir si ses aptitudes étaient reconnues, formées et développées. Quelqu’un peut avoir un potentiel considérable comme musicien, entrepreneur, enseignant, communicateur, sportif, administrateur ou dirigeant. Lorsqu’on parle de potentiel, on se demande : « De quoi cette personne est-elle capable ? Quelles aptitudes possède-t-elle ? Jusqu’où ces aptitudes pourraient-elles la conduire ? »

L’appel commence ailleurs. Il pose une autre question : Pourquoi Dieu a-t-il donné cette vie à cette personne ? Que lui a-t-il confié ? Qu’est-ce que Dieu l’appelle à devenir et à accomplir ?

Le mot grec traduit par « vocation » ou « appel », klēsis, vient du verbe kaleō, « appeler ». Un appel suppose donc nécessairement quelqu’un qui appelle. Dans la vie chrétienne, celui qui appelle est Dieu. Paul écrit :

« Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée. »
Éphésiens 4:1

Cela place immédiatement la vie chrétienne dans une perspective différente de celle du simple développement personnel. Je ne me contente pas de regarder en moi-même pour me demander ce que je pourrais devenir. Je regarde aussi à Dieu et je me demande pourquoi il m’a donné cette vie, ces dons, ces possibilités, cette place dans le corps de Christ et ces responsabilités particulières.

Le potentiel concerne donc la capacité. L’appel concerne le dessein de Dieu et l’obéissance.

C’est précisément ici que beaucoup de chrétiens, et malheureusement beaucoup de pasteurs, ne font plus suffisamment la différence. Le problème n’est pas simplement que le potentiel et l’appel sont parfois utilisés comme deux manières différentes de parler de la même chose. Dans certaines Églises, le développement du potentiel a véritablement commencé à remplacer le discernement de l’appel. Nous voyons quelqu’un qui parle bien, qui chante bien, qui sait organiser, qui possède un leadership naturel ou qui attire facilement les autres, et nous commençons presque immédiatement à le préparer pour le ministère.

Le raisonnement paraît logique : « Je vois un énorme potentiel en toi. Tu pourrais devenir un excellent leader. » Peut-être. Mais une autre question devrait précéder celle-là : Dieu a-t-il appelé cette personne à diriger ?

Votre potentiel peut être bien plus grand que votre appel

Moïse en est un excellent exemple. Le livre des Actes nous dit qu’il « fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres ». Élevé dans la maison de Pharaon, il avait bénéficié de l’éducation réservée à l’élite égyptienne. Humainement parlant, son potentiel était extraordinaire. Il aurait pu devenir un personnage important au sein de l’appareil égyptien, un administrateur puissant, peut-être même l’un des hauts responsables du royaume.

Pourtant, le but de sa vie n’était pas de réaliser tout ce potentiel en Égypte. L’appel de Dieu l’a conduit ailleurs.

« C’est par la foi que Moïse, devenu grand, refusa d’être appelé
fils de la fille de Pharaon » (Héb 11.24).

L’appel de Dieu l’a conduit au désert, puis vers cette tâche immense et difficile : faire sortir Israël d’Égypte et conduire le peuple de Dieu. Moïse n’a pas accompli tout ce qu’il aurait pu devenir en Égypte. Il a accompli ce que Dieu l’avait appelé à devenir.

Paul en est un autre exemple remarquable. Tout indique qu’il était l’un des plus grands esprits de son époque. C’est une reconnaissance universelle : Paul était une des plus grandes têtes pensantes de son siècle. Et pour cause, il avait reçu une formation rabbinique de très haut niveau, il connaissait profondément les Écritures, il savait raisonner aussi bien avec les Juifs qu’avec les non-Juifs, il connaissait le monde et la littérature grecque et il possédait des capacités intellectuelles hors du commun. On dit de lui qu’il était le réel trait d’union entre les mondes juif, grec et romain.

Pourtant, Paul n’a pas compris sa vie à partir de la réalisation maximale de son potentiel intellectuel. Il l’a comprise à partir de son appel :

« Paul, appelé à être apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu… »
1 Corinthiens 1:1

Ses capacités étaient devenues les servantes de son appel. Ce dernier, n’est pas devenu le serviteur de ses capacités.

La distinction est essentielle. Paul a évidemment utilisé son intelligence, tout comme Moïse a certainement utilisé ce qu’il avait appris en Égypte. Le christianisme ne nous demande pas de mépriser nos capacités. Mais ni Moïse ni Paul n’ont construit leur vie autour de cette question : « Jusqu’où mes capacités peuvent-elles me conduire ? » Leur question fondamentale fut : « Qu’est-ce que Dieu m’a appelé à faire ? »

Ainsi, le développement maximal de notre potentiel ne correspond pas nécessairement à l’accomplissement des desseins de Dieu pour notre vie. Nous pouvons être en mesure de faire beaucoup de choses et pourtant n’être appelés à nous consacrer qu’à certaines d’entre elles. Nous pouvons même posséder des capacités extraordinaires dans un domaine que Dieu n’a jamais voulu placer au centre de notre vie.

Le danger de former des leaders uniquement sur la base de leur potentiel

Cette question devient particulièrement importante dans la manière dont les Églises repèrent et forment leurs leaders. Nous remarquons une personne sûre d’elle, éloquente, charismatique, musicalement douée, intelligente ou naturellement influente, et nous concluons presque immédiatement que nous avons devant nous un futur leader.

Nous commençons alors à développer son potentiel. Nous lui donnons des responsabilités. Nous la faisons diriger. Nous la plaçons derrière une chaire parce qu’elle sait parler. Nous l’intégrons dans l’équipe de louange parce qu’elle sait chanter. Nous augmentons progressivement ses responsabilités parce qu’elle semble capable de les assumer. Et cela peut très bien fonctionner pendant longtemps.

Le potentiel peut conduire quelqu’un très loin. Un communicateur naturellement doué peut prêcher des messages impressionnants. Une personnalité charismatique peut attirer des gens autour d’elle. Un musicien talentueux peut « animer » merveilleusement la louange. Un excellent organisateur peut développer un ministère efficace. Vu de l’extérieur, tout peut sembler parfaitement réussi.

Mais rien de tout cela ne prouve l’appel.

Quelqu’un peut avoir un énorme potentiel pour la prédication sans être appelé au ministère pastoral. Une personne peut être un excellent enseignant et manquer pourtant du caractère nécessaire à la direction spirituelle. Un chanteur peut avoir une voix remarquable sans avoir le désir de consacrer ce don au service de Dieu. Un homme peut posséder de grandes capacités de leadership tout en étant principalement motivé par l’ambition, la reconnaissance ou le besoin d’influence.

La formation pastorale ne peut donc pas se réduire au développement du leadership.

Lorsque Paul donne les qualifications nécessaires pour exercer une responsabilité dans l’Église, dans 1 Timothée 3 et Tite 1, l’accent porte massivement sur le caractère : être irréprochable, fidèle, maître de soi, hospitalier, équilibré, mûr, estimé des autres et capable de bien conduire sa maison. La capacité d’enseigner est bien présente, mais elle se situe à l’intérieur d’un portrait beaucoup plus vaste de maturité spirituelle.

Cela devrait nous faire réfléchir. Le Nouveau Testament ne demande pas d’abord si quelqu’un est capable d’attirer une foule, de bâtir une organisation, de prêcher avec puissance ou de manifester un grand potentiel de leader. Il demande d’abord quel genre de personne il est.

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