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"Je suis pasteur, pas coach" (2/2)

Ces dernières années, le langage du coaching a pris une place de plus en plus importante dans le monde chrétien. Partie 2/2.

Donato Anzalone· Pasteur et Théologien· 30 septembre 2026

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"Je suis pasteur, pas coach" (2/2)

LIRE LA 1ERE PARTIE

L’orateur ne fait pas le pasteur

Cette distinction est particulièrement nécessaire aujourd’hui, car le ministère pastoral est souvent réduit à la prédication et à l’enseignement. Quelqu’un prêche bien, et très vite on commence à le former pour devenir pasteur. S’il possède en plus du charisme et des capacités de leadership, cela paraît presque évident.

Mais « pasteur » n’est pas simplement le titre que l’on donne à un bon prédicateur.

Paul écrit : « Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ. »
Éphésiens 4:11-12

Le pasteur est un don de ministère donné par Christ à l’Église. Le mot grec pour « pasteur », est poimēn et signifie « berger ». Le ministère pastoral implique donc de nourrir, conduire, protéger, restaurer et prendre soin des personnes.

Quelqu’un peut prêcher un message extraordinaire sans avoir un cœur de berger. Il peut savoir communiquer sans savoir prendre soin des gens. Il peut bâtir un auditoire tout en étant incapable de porter les fardeaux du troupeau. Il peut aimer la plateforme et ne pas aimer le travail discret, exigeant et souvent invisible du ministère pastoral.

Cette personne possède peut-être un grand potentiel pour la prédication. Elle possède peut-être même un véritable don d’enseignement. Cela ne fait pas automatiquement d’elle un pasteur, parce que le pastorat n’est pas simplement un potentiel. C’est un appel, un don de ministère.

Pasteur, pas impressario

J’ai pu observer très concrètement cette différence dans la vie de l’Église. Il y a quelques années, une jeune femme qui fréquentait notre assemblée était une chanteuse extrêmement talentueuse. Son don était évident. Elle avait une très belle voix et un véritable potentiel pour poursuivre une carrière professionnelle.

Elle désirait développer cette carrière. En revanche, elle n’a jamais vraiment manifesté le désir d’utiliser son talent au service du Seigneur dans l’Église. Après quelque temps, elle est partie. Certaines personnes m’ont alors reproché de ne pas l’avoir suffisamment aidée à développer son talent. Ma réponse a été très simple : je ne suis ni imprésario ni développeur d’artistes. Je suis pasteur.

Si ma responsabilité première avait été de maximiser son potentiel artistique, cette critique aurait peut-être été justifiée. Un manager artistique aurait pu l’aider à développer son répertoire, son image, sa communication, ses contacts, sa présence publique et les possibilités de faire progresser sa carrière. Un coach aurait pu l’aider à définir ses objectifs et à poursuivre ses ambitions plus efficacement. Il n’y a rien de mauvais en soi dans ce genre de démarche.

Mais en tant que pasteur, ma responsabilité était différente. Je devais me préoccuper de la direction de sa vie, de la place que Christ occupait dans ses ambitions, de son caractère et de la manière dont elle comprenait elle-même le don qu’elle possédait ; et principalement de l’appel qui avait dans sa vie. Peut-être n’avait-elle aucun appel spécifique, mais mon rôle en tant que pasteur était, toutefois, de l’aider, appel ou pas, à consacrer une partie de ses talents pour la Gloire de Dieu.

Cette différence est devenue encore plus évidente lorsqu’elle a placé ses chansons sur son site personnel dans le cadre de la carrière qu’elle voulait développer. Parmi celles-ci figurait une chanson enregistrée avant sa conversion et intitulée « Mon sex est enflammé ».

Le problème n’était pas que cette chanson appartenait à son passé. Tous les croyants ont un passé. Ce qui posait question, c’était qu’elle ne semblait voir aucune contradiction à continuer de présenter publiquement ce genre de contenu comme faisant partie de l’identité artistique qu’elle voulait promouvoir, tout en affirmant aimer Dieu et vouloir le servir. Pour un pasteur, cela compte.

La question n’était donc pas simplement : « Jusqu’où cette voix pourrait-elle la conduire ? ». La véritable question était : « Qu’est-ce qui gouverne ce don ? Est-il réellement soumis à Christ ? Dans quelle direction son cœur est-il en train de l’emmener ? Au service de quoi veut-elle mettre son talent ? »

Cette histoire illustre précisément pourquoi potentiel et appel ne doivent pas être confondus. Son potentiel était incontestable. Mais mon ministère pastoral ne pouvait pas simplement consister à l’aider à développer ce potentiel.

Le pasteur doit aider les croyants à découvrir et accomplir leur appel

Éphésiens 4 nous donne l’une des explications les plus claires de cette responsabilité :

« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ. »
Éphésiens 4:11-12

Le mot traduit ici par « perfectionnement », katartismos, porte l’idée de préparation, de formation, de mise en état pour remplir une fonction. Christ donne donc des ministères à l’Église afin que les croyants soient eux-mêmes préparés pour l’œuvre que Dieu leur confie.

L’une des responsabilités centrales du pasteur est donc d’aider les croyants à comprendre quelle est leur place dans le dessein de Dieu.

Il doit savoir reconnaître les dons, encourager ceux qui sous-estiment ce que Dieu a placé en eux, former, ouvrir des possibilités de servir, corriger et accompagner vers la maturité. Mais il doit également aider les personnes à faire la différence entre ambition personnelle et appel, entre opportunité et direction de Dieu, entre le simple fait d’être capable de faire quelque chose et le fait d’y être réellement appelé.

L’enseignement de Paul sur le corps de Christ, dans Romains 12 et 1 Corinthiens 12, va dans le même sens. L’Église n’est pas présentée comme un rassemblement d’individus cherchant chacun à maximiser son potentiel personnel. Elle est un corps dans lequel les différents membres ont des fonctions différentes, selon ce que Dieu leur a donné.

Le leadership pastoral ne peut donc pas simplement demander : « Qui possède le plus grand potentiel ? » Il doit demander : « Qui Dieu a-t-il appelé à cela ? Qui est spirituellement prêt ? Quel don Dieu a-t-il réellement confié à cette personne ? Quelle est sa place dans le corps ? »

Le caractère doit être formé avec l’appel

C’est ici que certaines formes modernes de développement du leadership peuvent devenir dangereuses. Nous pouvons être tellement fascinés par le potentiel d’une personne que nous développons ses capacités beaucoup plus rapidement que son caractère.

Nous enseignons les techniques de leadership, la communication, la prédication, la gestion, l’image publique, l’influence et la manière de construire une équipe. La personne devient de plus en plus compétente et de plus en plus visible. Pendant ce temps, ses motivations, ses relations, sa vie spirituelle, son humilité, sa capacité à recevoir une correction, son rapport à l’argent, son intégrité sexuelle ou sa vie familiale peuvent rester largement en dehors de sa formation. Mais ce n’est pas de la formation pastorale.

Plus le potentiel d’une personne est grand, plus son caractère devient important. Les capacités peuvent ouvrir des portes que le caractère n’est pas encore assez fort pour maintenir ouvertes. Le charisme peut donner une influence considérable à quelqu’un bien avant qu’il possède la maturité nécessaire pour porter cette influence sans se détruire lui-même ou blesser les autres.

Le pasteur porte donc une responsabilité que le coach n’a pas nécessairement. Il ne peut pas simplement se demander si la personne progresse. Il doit également se demander quel genre de personne est en train de progresser.

Paul résume merveilleusement cette préoccupation pastorale lorsqu’il écrit :

« Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous. »
Galates 4:19

Voilà le but. Non pas seulement qu’un don se développe, mais que Christ soit formé dans la personne qui porte ce don.

Le potentiel doit servir l’appel, et non le remplacer

Nous ne devons absolument pas être opposés au développement du potentiel. Au contraire, les Églises devraient être des lieux où les gens sont encouragés à grandir. Les jeunes devraient pouvoir découvrir des capacités qu’ils ignoraient posséder. Les leaders devraient être formés. Les musiciens devraient progresser. Les enseignants devraient apprendre à mieux communiquer. Les croyants devraient être encouragés à étudier, à se développer professionnellement, à dépasser leurs insécurités et à devenir plus efficaces dans ce que Dieu leur a confié.

Le pasteur peut participer à tout cela. Mais il existe un ordre qui ne doit jamais être inversé : le potentiel doit servir l’appel. L’appel ne doit jamais devenir simplement un autre terme chrétien donné au potentiel.

La mission première du pasteur n’est pas de produire la version la plus performante de chaque personne qui fréquente son Église. Elle est de les aider à découvrir pourquoi Dieu les a placées sur cette terre, ce qu’il leur a confié, quelle est leur place dans le corps de Christ, quel genre de personnes elles doivent devenir et comment elles peuvent accomplir fidèlement ce à quoi Dieu les a appelées.

Un coach peut vous regarder et vous dire : «Je vois un énorme potentiel en toi»

Un pasteur peut voir exactement le même potentiel, mais il doit poser une autre question : « Qu’est-ce que Dieu veut en faire ? »

Cette question change tout. Moïse possédait un potentiel extraordinaire en Égypte, mais son appel l’a conduit ailleurs. Paul avait les capacités intellectuelles nécessaires pour construire une tout autre vie, mais il a choisi d’accomplir son appel. Une chanteuse peut posséder une voix magnifique, mais la question la plus importante n’est pas de savoir jusqu’où cette voix peut la conduire. Un prédicateur peut posséder des capacités exceptionnelles de communication sans pour autant être appelé à devenir pasteur.

Le potentiel nous dit ce qu’une personne peut faire. L’appel nous dit ce que Dieu lui a demandé de faire.

Un bon coach peut aider quelqu’un à développer son potentiel, et il existe une véritable place pour cela. Mais le pasteur porte une responsabilité plus profonde : aider les croyants à discerner leur appel, à développer le caractère nécessaire pour le porter, à être équipés pour l’accomplir et à y demeurer fidèles. Voilà pourquoi je suis pasteur pas coach.

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