On le constate de plus en plus : face à un désaccord, un échec ou une critique, beaucoup préfèrent se présenter comme victimes plutôt que d’examiner leur propre part de responsabilité. Cette attitude, largement amplifiée par les réseaux sociaux, n’est pas anodine. Elle déforme souvent la réalité et freine toute remise en question.
Les sociologues Bradley Campbell et Jason Manning ont décrit ce phénomène dans leur livre The Rise of Victimhood Culture (2018). Pendant longtemps, dans nos sociétés, on valorisait la maîtrise de soi : on supportait les petites remarques sans en faire un drame, et on réglait les vrais problèmes par le dialogue ou la justice.
Aujourd’hui, une autre logique gagne du terrain, surtout chez les jeunes. On devient hypersensible aux moindres offenses (même involontaires), et au lieu de gérer le conflit soi-même, on fait appel à une autorité extérieure — un chef, une administration, les réseaux sociaux — pour se plaindre. Dans ce système, se dire victime apporte un statut moral : on attire la sympathie, on se place du côté du bien, et on met l’autre dans le rôle du coupable. Résultat : une forme de concurrence où même des personnes plutôt privilégiées cherchent à prouver qu’elles souffrent plus que les autres.
Cette posture a des racines psychologiques bien documentées. Des chercheurs ont identifié une tendance à se voir comme victime dans presque toutes les relations. Elle se traduit par un besoin constant de reconnaissance de sa souffrance, une idée que l’on est moralement supérieur, peu d’empathie pour les difficultés des autres, et une rumination permanente sur les torts subis. Elle est étroitement liée au narcissisme vulnérable : une forme d’ego fragile qui se protège en se posant en victime.
Les études montrent aussi que de plus en plus de jeunes pensent que leur vie dépend surtout de facteurs extérieurs (le système, les autres, la chance) plutôt que de leurs propres choix et efforts. Ce glissement s’observe depuis des décennies.
En parallèle, la santé mentale des adolescents s’est nettement dégradée à partir du début des années 2010. Aux États-Unis, selon les enquêtes CDC, environ 40 % des lycéens déclaraient encore en 2023 des sentiments persistants de tristesse ou de désespoir (le chiffre était même à 42 % en 2021, avec des taux bien plus élevés chez les filles).
Les pensées noires et les automutilations ont suivi la même courbe. Des auteurs comme Jonathan Haidt lient cette fragilité à une surprotection, à la disparition des petits défis quotidiens de l’enfance, et à une culture qui encourage à se voir comme fragile plutôt que résilient.
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette dynamique. Ils transforment la victimisation en spectacle. Un récit de souffrance, même exagéré ou partiel, génère des likes, des commentaires de soutien et parfois une petite notoriété. On y voit fleurir des récits où tout échec personnel (notes, relation amoureuse, carrière, finances) est uniquement la faute des autres, du système, de la génération précédente ou d’un « privilège » adverse.
Les nuances disparaissent, les faits gênants sont omis, et toute personne qui pointe une part de responsabilité individuelle se fait accuser de « blâmer la victime ». Cela devient une forme de manipulation de la vérité : on sélectionne uniquement ce qui renforce le rôle de victime, on réécrit les événements pour coller au récit, et on impose ce récit comme la seule version acceptable.
Le narcissisme s’y mêle naturellement — se montrer blessé permet d’attirer l’attention tout en se protégeant de la critique. En France aussi, plusieurs intellectuels (comme Pascal Bruckner ou Caroline Fourest) ont pointé cette montée de la figure de la victime qui remplace peu à peu celle du héros ou de celui qui affronte les difficultés. Le pessimisme ambiant et le mal-être d’une partie de la jeunesse offrent un terreau favorable.
Personne ne nie qu’il existe de vraies injustices et de vraies victimes qui méritent d’être reconnues. Le problème surgit lorsque se victimiser devient un réflexe plus facile que de se demander « Qu’est-ce que je peux changer de mon côté ? ». Cette habitude, renforcée par les réseaux, réduit la capacité à apprendre de ses erreurs, entretient des conflits stériles et freine les progrès individuels.
Des études montrent pourtant que des choix concrets (terminer ses études, travailler, fonder une famille de façon stable) améliorent fortement les chances de réussite, même en partant de milieux difficiles.
Revenir à une culture où l’on valorise la résilience, l’honnêteté envers soi-même et la distinction entre une vraie injustice et une simple contrariété n’est pas un retour en arrière. C’est une condition pour que les jeunes générations puissent avancer plutôt que de rester enfermées dans un récit permanent de victimisation.







La foi devrait nous rendre résilients. Cet étalage émotionnel sur les réseaux fait honte au christianisme. Nous sommes si loin de la résilience des premiers chrétiens. 😢Merci infiniment pour cet article.
Generation victime ou comme je l'appelle c est la génération fragile qui aime faire pleurer dans lez chaumières ! Désolé si ca paraît un peu agressif mais bon... tout est trauma quoi ! Ils appellent Trauma ce que les générations d’avant considéraient simplement comme la vie. Prions pour un renforcement mental ! Comme dirait l'autre comique : ON MANQUE DE VIGILANCE !
Ce probléme est un Fléau mondial. Européens, africains, americains... nous avons engendré une génération qui pense souffrir tellement plus que les autres, qui aiment palabrer partout... inteenet c est le GRAND SPECTACLE ! PRIONS POUR CETTE GENERATION !
OH la la ! Yessss ! Je crosi que c ce qui m'irrite le plus dans le minister. Ce n'est pas la croisiere s'amuse... mais JEZABEL s amuse ! Et dans certainz cas... ce sont juste des malhzureux qui ont besoin de leur quart d heure de gloire émotionnelle !! C est le show sur tiktok en c3 moment. PLEIN DE LIVE ... 0 preuve evidemment et beaucoup d attaques gratuites. OUI il y a des loups ravisseurs !ca existe... mais là c est une chasse jezabelienne aux ministeres. Tout le monde est mis dans le meme sac !!! ❌🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏
Bonjour Pierre, Vraiment merci d'avoir abordé ce sujet dès plus important voir même urgent. Lorsque vous parlez de victimes, ce que les jeunes appellent la "victimisation", cela m'a fait penser au pervers narcissique qui est la victime de tout et qui s'en persuade, et qui n'est autre que l'effet de masse généré tout d'abord par la télé réalité. Les réseaux sociaux, quelles qu'ils soient sont-ils en train de créer les martyres de la superficialité? Et rajoutons à celà tous ces influenceurs qui se prennent pour des psychologues amateurs mais qui ne sont que des junkies de la détresse humaine. Mais que renvoie la génération numérique qui rejette un monde réel où la communication, l'échange la transmission faisait partie intégrante de l'éducation? pour la remplacer par quoi, le syndrome de Calimero et dont la coquille sur la tête est le reflet prophétique d'une pensée apocalyptique. Vraiment merci pour le questionnement que nous devons avoir quant à notre positionnement face à cette pandémie qui conduit parfois et même trop souvent au suicide encouragé et assisté, qu'il soit spirituel ou psychologique. Mais n'est ce pas là le but 😞 Amitié fraternelle.
"tous ces influenceurs qui se prennent pour des psychologues amateurs mais qui ne sont que des junkies de la détresse humaine." Quelle prose ! Tellement vrai. 🙏 cette génération a vraiment besoin de se convertir à Christ !
MERCI MERCI MERCI MERCI ET ENCORE MERCI pour cet article ! ❤️❤️🔥🔥🔥🔥🔥 wow wow wow. Avec tout ce que l on voit ces derniers jours et notamment l affaire axel Lévi..... cet etalage permanent sur les réseaux sociaux est insupportable !!! C est la course à la victimisation.... et on croit n'imoporte qui sans AUCUNE PREUVE. Sans AUCUN DISCERNEMENT SPIRITUEL !! Que Dieu sauve cette génération !🙏🙏🙏🙏🙏 Les réseaux sociaux font beaucoup de dégâts......